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Lire à la PMI : une posture à (dé)construire


Favoriser la découverte de l’album pour le tout-petit et sa famille passe par les rencontres rendues possibles entre les familles et cet objet particulier qu’est l’album jeunesse. Les PMI, protections maternelles et infantiles, sont des lieux privilégiés pour partir à la rencontre de parents de jeunes enfants et leur proposer des temps autour de l’album jeunesse animés par un.e lecteur.trice professionnel.le. La salle d’attente, lieu investi avant le rendez-vous avec l’infirmière puéricultrice ou le médecin, devient, par la présence du lecteur, un espace-temps sensible pour entrer dans le monde des livres et des histoires. Toutefois, tout n’est pas si simple et il est important de questionner la posture du lecteur qui fait que cette rencontre devient possible… et agréable.


Une posture d’accueil

Une famille arrive dans la salle d’attente. La lectrice est là assise au sol, sur un tapis. Elle est entourée d’albums jeunesse ; des petits, des grands, certains posés debout, d’autres couchés, certains colorés quand d’autres offrent un graphisme plus pastel, mais tous ont en commun d’être support d'histoires, histoires en texte et/ou en images.

Que perçoit la famille qui arrive de ce qui est proposé ? Et comment permettre à l’enfant et à son parent de partir à la rencontre des albums ? Les réflexions que nous avons régulièrement au sein de l’association A Livre ouvert soulignent l’importance de la posture d’accueil. Un sourire, un regard, un bonjour, un temps laissé à l’autre pour arriver, s’installer, regarder… ou non ! Saisir un livre seul… ou non ! Accueillir, c’est envoyer un message à l’autre par son langage corporel qu’il est le bienvenu dans cette proposition. Cette posture est souvent subtile car elle nécessite de se défaire de ce que l’on sait pour s’intéresser en première intention à la relation et reconnaître ainsi que l’autre, l’enfant, son parent ou le binôme ont un rôle à jouer et une place à trouver et/ou construire, souvent colorée par la place qu’a l’album jeunesse dans la vie de cette famille.


Une posture d’écoute et d’observation

La posture de lecteur.trice s’ancre dans une manière d’être en lien avec l’autre et de partir du mouvement décelé chez l’autre par une observation fine et constante des comportements visibles chez l’autre. Partir du déplacement d’un bébé au sol qui tend son bras pour saisir un livre puis le porter à la bouche pour proposer à cet enfant une rencontre avec l’album différente, celle où l’adulte lecteur offrira une lecture du texte ou des images. Ou observer ce parent regarder un livre de loin et lui dire qu’ici il peut prendre un livre et le regarder ou qu’on peut le lire ensemble. Mais ce peut être aussi saisir que ce parent n’est pas disponible à ce qui se joue et que l’entrée pour créer du lien sera peut-être facilité par une lecture chantée. C’est « proposer » quelque chose à l’autre en fonction de ce que l’on perçoit. Être lecteur c’est donc accepter qu’ « on ne sait pas » ! C’est l’observation de cet enfant et/ou de ce parent qui apporte au lecteur des intuitions sur la manière d’entrer en relation et favoriser un temps plaisir autour des albums.


Une adaptation permanente

Lire à la PMI, c’est tout à la fois simple et complexe. Simple parce qu’il suffit d’un dispositif allégé, testé et en lequel nous avons confiance : un tapis, des livres et un.e lecteur.trice pour que les choses puissent se faire. Mais complexe car parfois lire, c’est aussi chanter, parler, ne rien dire, essayer et vivre le refus, réessayer différemment. Offrir une lecture dirigée à l’enfant... ou à son parent, et c’est même parfois ne pas lire ! Car lire à tout prix reviendrait à nier le désir de l’autre et biaiser alors le message à transmettre : celui du plaisir de la rencontre avec les albums car c’est bien ce plaisir ressenti que l’enfant et son parent souhaiteront peut-être revivre à travers les livres et les histoires.


Sophie Ignacchiti




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